Birdman, méditation et sophrologie

Quel rapport entre un film sur un ancien acteur de super-héro, la méditation et la sophrologie ? Laissez-moi peut-être vous surprendre par mon regard sur ce film percutant. J’y ai relevé plusieurs thèmes largement abordés par la méditation et la sophrologie : l’ego, le besoin d’être aimé, les préjugés et les jugements qui nous empêchent de voir le monde.

L’ego

Riggan est un acteur « has been » autrefois célèbre pour avoir incarné un super-héro appelé Birdman. Il décide de revenir sur le devant de la scène en montant une pièce de théâtre à Broadway.

Dès le début du film nous trouvons Riggan en posture de méditation en train de léviter.

Riggan méditation

Très rapidement, le spectateur peut constater que le personnage principal essaie de lutter contre une voix dans sa tête. Voix que l’on peut identifier comme étant celle de Birdman.

Tout au long du film, Riggan est aux prises avec cette voix qui renforce profondément son ego « tu es génial », « tu es une star », « tu es un dieu », « ta place est au dessus des autres »…

L’importance qu’accorde Riggan aux propos de Birdman (son mental) en fait un personnage égocentrique dont le seul objectif est de retrouver la célébrité.

Eckhart Tolle, auteur dont je vous ai déjà parlé dans mon article le pouvoir du moment présent, nous apporte son éclairage sur le sujet de l’ego dans son livre « Nouvelle Terre » :

La plupart des gens sont si totalement identifiés à la voix dans leur tête – cet incessant flot de pensées involontaires, compulsives, et d’émotions les accompagnant – que nous pourrions dire qu’ils sont possédés par leur mental. Aussi longtemps que vous êtes complètement inconscient de cela, vous prenez le penseur pour ce que vous êtes. Mais il s’agit en fait de l’ego.

Tout ce qu’il faut pour se libérer de l’ego, c’est en devenir conscient puisque l’ego et la conscience sont deux choses incompatibles.

La méditation mais aussi la sophrologie – qui s’inspire du yoga, du zen japonais et du bouddhisme tibétain – propose un travail sur la conscience. Plus concrètement, par des exercices, elles développent la capacité à être présent, à observer ses pensées comme des pensées c’est à dire sans les juger, sans s’y attacher.

Pour moi, Alejandro González Iñárritu, réalisateur du film Birdman, fait un clin d’oeil appuyé à ces techniques. En effet, nous pouvons observer que Riggan essaie d’échapper à cette voix notamment par le biais de la méditation mais aussi par la respiration.

Le personnage principal, totalement contrôlé par son ego, les laisse très vite tomber. Or, je le rappelle, développer la conscience, la présence demande un entraînement régulier et assidu. Le mental joue souvent son rôle de démotivateur « tu n’as pas besoin de méditer », « c’est ennuyant », « tu as mieux à faire » etc. Il faut savoir s’en détacher et persévérer.

Voici un extrait fort du film, où sa fille, Sam, le ramène  à plus d’humilité. Propos où chacun peut se retrouver.

Etre aimé pour exister

Le film commence par cette citation de Raymond Carver :

And did you get what you wanted from this life, even so? (Alors, as-tu trouvé ce que tu voulais dans cette vie, malgré tout ?)
I did. (Oui)
And what did you want? (Et que voulais-tu ?)
To call myself beloved, to feel myself  beloved on the earth. (Pouvoir me dire bien-aimé, me sentir bien aimé sur la terre)

Toujours dans ce contexte de l’emprise de l’ego, le film nous montre la quête désespérée d’un homme prêt à tout pour être à nouveau aimé du public. Riggan ne se sent exister que s’il est aimé. Dans cette recherche permanente de l’amour d’autrui, il se perd complètement. Les répliques suivantes sont très parlantes  :

Pourquoi je dois toujours supplier les gens de m’aimer ? (…)

je voulais être celui que tu voulais maintenant je prie chaque minute pour être un autre que moi. N’importe qui. (…)

Tu ne m’aimes plus ? Et tu ne m’aimeras plus jamais ? (…)

Je n’existe pas. Je ne suis même pas là. Tout cela n’a pas d’importance. Je n’existe pas.

Qui n’a jamais fait ou été ce que les autres attendent de lui dans l’espoir d’être aimé ? Dans cette recherche constante de l’approbation et de l’amour d’autrui, nous nous oublions bien souvent. Nous oublions qui nous sommes vraiment.

Dans son excellent livre « Cessez d’être gentil, soyez vrai » Thomas D’Asembourg décrit très bien cette croyance qui nous empêche d’être nous-même :

Pour être aimé et avoir ma place dans ce monde, je dois faire non pas ce que je sens ni ce que je voudrais, mais ce que les autres veulent. Être vraiment moi-même, c’est risquer de perdre l’amour des autres.

La phénoménologie

Enfin, je voudrais aborder avec vous les références phénoménologiques du film.

phenoN’ayez pas peur de ce « gros » mot, je vous explique : la phénoménologie, à l’origine de la méthode de la sophrologie, est un courant philosophique qui préconise un retour aux choses mêmes, aux phénomènes. Ce retour aux choses mêmes repose sur notre capacité à dépasser les conceptions qui résultent de nos attitudes irréfléchies, préjugés, croyances ou habitudes. Il s’agit donc d’apprendre à ne rien présupposer, ne rien induire, à rencontrer la chose sans a priori, « comme si c’était la première fois ».

Concrètement, par la suspension du jugement ou « épochè » :

Je mets entre parenthèses ma thèse du monde, à savoir ma manière habituelle de concevoir la chose que j’expérimente, j’opère une mise en suspens de mes conceptions, de mes préjugés, pour ne plus être dans une relation de domination par rapport à la chose, mais dans l’attitude la plus neutre, la plus ouverte pour la décrire telle qu’elle se donne dans l’expérience actuelle. (Aubert (D), Esposito (R), Gautier (P), Santerre (B), Sophrologie, lexique des concepts, techniques et champs d’application, ELSEVIER MASSON, 2010).

Dans la loge de Riggan, accrochée au miroir, on peut lire cette citation :

A thing is a thing, not what is said of that thing.

Cette approche phénoménologique se retrouve également lors de l’échange musclé entre Riggan et une critique de théâtre. Passage dans lequel Riggan dénonce l’incapacité de la critique à voir les choses pour ce qu’elles sont, le besoin de poser des étiquettes, des jugements sur tout. En montrant du doigt une fleur (vous observerez que le mot « fleur » est déjà une étiquette) :

Avez-vous la moindre idée de ce que c’est ?

Non, et vous savez pourquoi ?

Vous ne pouvez concevoir cette chose sans l’avoir étiquetée. Vous prenez ces petites voix (dans sa tête) pour la vérité ultime.

J’en reviens à Eckhart Tolle qui, pour moi, résume bien cette philosophie :

 L’identification au mental crée chez vous un écran opaque de concepts, d’étiquettes, d’images, de mots, de jugement et de définitions qui empêchent toute vraie relation. (…) Pour la majorité des gens, la réalité est ceci : dès qu’il perçoivent une chose, ils la nomment, l’interprètent, la comparent à une autre, l’aiment, ne l’aiment pas, la qualifient de bonne ou de mauvaise par l’intermédiaire de l’ego.

En conclusion, je vous invite à découvrir ce film aux messages forts et pour ceux qui l’auraient déjà vu, pourquoi ne pas le découvrir avec un nouveau regard, « comme si c’était la première fois ».

One thought on “Birdman, méditation et sophrologie

  1. Marie-Hélène says:

    Merci pour ce nouvel article original et très intéressant ! Je n’avais pas encore regardé Birdman, ça me donne envie de découvrir ce film ! A bientôt 🙂

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