L’amour contre la peur

Comme chacun d’entre nous je suis profondément choquée et attristée par les évènements du 13 novembre dernier. A travers les réseaux sociaux, les médias ou simplement les discussions, nous observons un élan de solidarité qui paraît indispensable pour surmonter une telle épreuve


Dans de telles circonstances, il paraît évident que nous avons un immense besoin d’amour. Il va falloir beaucoup d’amour pour surmonter la peur, la tristesse et la colère. 
J’ai moi-même été surprise par la vague de peur et de tristesse qui m’a envahie. Tristesse, bien évidemment pour les victimes et leurs familles, pour l’humanité toute entière…

monde paix enfantEnceinte, je suis inquiète pour l’avenir de mon bébé et comme beaucoup de parents je souhaite que mes enfants connaissent un monde en paix. J’ai aussi été envahie par la peur de perdre mon mari à l’image de ces personnes qui ont perdu un être cher. J’ai une pensée particulière pour les proches de Matthieu Giroud et notamment son épouse qui attend leur deuxième enfant pour le mois de mars. Je n’ose imaginer sa peine et j’espère de tout coeur qu’elle est bien entourée.

J’ai pu aussi constater que la peur et la colère attisent la haine. Or, comme le dit si bien Martin Luther King :

L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seule l’amour le peut.

En lisant, hier soir, le livre de Nancy Bardacke « Se préparer à la naissance en pleine conscience » je suis tombée sur une forme de méditation que l’on appelle la pratique de la bienveillance ou la méditation de l’amour bienveillant. J’ai reçu cette pratique comme un véritable cadeau que j’aimerais partager avec vous.

Qu’est-ce que la méditation de l’amour ?

La méditation de l’amour bienveillant est issue de la tradition bouddhiste. L’amour bienveillant met en avant les qualités humaines telles que l’empathie, la compassion et la gratitude.

la pratique de l’amour bienveillant va nous permettre de puiser dans la capacité naturelle d’amour infini déjà présente en chacun de nous.  (Nancy Bardacke « Se préparer à la naissance en pleine conscience »)

L’objet d’une telle méditation est d’adopter un regard bienveillant tout d’abord envers nous-mêmes. C’est-à-dire accueillir nos réactions négatives, nos pensées, nos perceptions sans jugement et avec le coeur ouvert. A partir de là, nous pourrons renforcer notre capacité d’empathie et de compassion envers les autres.

Pour le Bouddha « la peur est née des perceptions erronées ». Il enseignait la méditation de l’amour bienveillant pour la transformer.

La peur, le terrorisme ne peuvent pas être déracinés par les bombes ; c’est parce que la peur et la terreur sont nés des perceptions erronées ; et on ne peut pas enlever, détruire les perceptions erronées avec les bombes, avec les fusils, mais seulement avec le dialogue, l’écoute profonde, la parole aimante qui permettent seules d’aider l’autre personne à corriger ses perceptions erronées. Thich Nhat Hanh Comment transformer les peurs ? Discours donné le dimanche 22 octobre 2006 à la Maison de la Mutualité à Paris

Cette pratique permet également de gérer les émotions telles que la colère, l’envie, la jalousie, la tristesse ou la déception.

La méditation nous apprend à gérer les flambées de colère malveillante ou de jalousie, les vagues de désir incontrôlées et les peurs irraisonnées. Elle nous libère du diktat des états mentaux qui obscurcissent notre jugement et sont la source d’incessants tourments. Mathieu Ricard « L’art de la méditation »

L’objet d’une telle méditation n’est pas, comme le rappelle Mathieu Ricard, de souhaiter à nos ennemis personnels et aux ennemis de l’humanité le succès dans leurs projets funestes mais de former « simplement le voeu ardent qu’ils abandonnent leur haine, leur avidité, leur cruauté et leur indifférence, et que la bienveillance et le souci du bonheur d’autrui voient le jour dans leur esprit. Plus la maladie est grave, plus le malade a besoin de soins, d’attention et de bienveillance ».

Comment pratiquer la méditation de l’amour ?

Je vais partager avec vous la pratique que j’ai expérimentée et qui est issue du programme MBCP de Nancy Bardacke. Dans un premier temps, il s’agit de porter son attention sur la respiration afin de stabiliser et apaiser l’esprit. Puis, nous répétons silencieusement les phrases suivantes :

Que je sois protégé(e) et en sécurité.

Que mon corps et mon esprit soient en bonne santé.

Que je me sente heureux(se).

Que je vive avec facilité et en paix.

Traditionnellement, nous adressons d’abord ces paroles à nous-mêmes. Dans la pratique proposée par Nancy Bardacke, nous les adressons d’abord à notre bébé puis à nous. Ensuite, nous les adressons à nos proches, les personnes qui nous ont aidées ou qui nous ont inspirées. Puis, nous essayons d’inclure une personne dite « neutre » c’est-à-dire quelqu’un que nous voyons régulièrement mais avec qui nous n’avons pas de contact particulier. Ces paroles sont ensuite adressées à une personne avec laquelle nous avons des relations difficiles. Enfin, nous pouvons étendre nos souhaits à tous les futurs parents et à tous les êtres sans exception.

Vous trouverez ci-dessous une méditation guidée que j’ai trouvé très belle et très claire.

La puissance de l’amour

Je ne saurais trop vous recommander d’expérimenter cette méditation. Seule la pratique vous permettra de vous faire une idée et de vivre l’amour bienveillant dans toute sa dimension. Je vous invite même à vivre la méditation de l’amour avant de lire ce qui suit et ce, afin de conserver un regard neuf, libre de préjugés et a priori. Voici mon retour d’expérience :

Après ma toute première pratique, j’ai pu constater qu’il m’était facile d’adresser de la bienveillance à mon bébé et à mes proches. Je me suis rendue compte que c’était quelque chose que je faisais déjà spontanément chaque jour.

Lorsque je me suis adressée de l’amour et de la bienveillance j’ai éprouvé un véritable plaisir. Ces mots étaient comme des caresses, un réconfort. J’ai pris conscience que je disposais de cette ressource intérieure et que je pouvais l’utiliser à tout moment.

Souhaiter paix, sécurité, bonne santé et bonheur à une personne neutre a été une expérience étrange. Déjà, je partais avec un a priori : « personne ne nous est vraiment neutre ». Or, cette personne est venue à moi très facilement.  Lui transmettre toute cette bienveillance m’a projetée dans une forme d’intimité et de proximité qui m’a beaucoup gênée. Je me sentais intrusive. Un peu comme si sa santé, son bonheur, son bien-être ne me regardaient pas. Pourtant, cette personne ne m’était pas indifférente.

Les choses se sont compliquées lorsqu’il a fallu se concentrer sur une personne difficile. Cette personne était toute trouvée : mon voisin du dessous qui joue du piano en permanence. Malgré nos différentes tentatives pour essayer de trouver un compromis, rien à faire Monsieur s’énerve, s’agite, hurle, frappe les portes et joue les artistes incompris. Bref, il m’agace profondément. A son évocation tous les sentiments et émotions négatives que j’éprouve à son égard se sont bousculés : colère, mépris, rejet, agacement, tensions du corps et dents serrées… J’ai accepté ce qui était là sans juger, je me suis à nouveau adressée bienveillance et amour et cela m’a apaisé.

En toute honnêteté, je n’avais pas envie de lui souhaiter d’être en paix ou de vivre avec facilité. J’entendais cette petite voix dans ma tête qui disait : « Ah non je ne veux pas qu’il vive en paix alors que lui me dérange en permanence ! ».

Puis, la méditation m’invitait à me concentrer sur tous les futurs parents de ce monde et j’ai été envahie par une émotion inattendue et très forte. Les larmes ont jailli. J’étais bouleversée car je pensais aux victimes des attentats qui ont été séparées de leurs familles, les réfugiés qui ont perdu leurs enfants et tant d’autres choses. La souffrance des uns et des autres défilait dans ma tête et dans mon coeur.

Enceinte, j’ai tendance à me centrer exclusivement sur mon bébé, mon mari et moi. Or, cette méditation m’a permise de m’ouvrir, de voir que nous n’étions pas seuls à vivre ce moment particulier de la grossesse. D’autres étaient surement habités par les mêmes doutes, questions, inquiétudes et ils avaient aussi besoin d’amour et de bienveillance. C’est très naturellement que j’ai pu étendre ces voeux à tous les êtres vivants y compris ce fameux voisin. En reprenant sa place au sein de l’humanité entière, il n’était plus simplement un « sacré emmerdeur ».

Dans ces moments particulièrement tragiques, je pense qu’une telle méditation peut être une véritable ressource, un apaisement. Comme le disait Albert Camus « l’homme est ainsi, il a deux faces : il ne peut pas aimer sans s’aimer » alors prenons  simplement le temps de nous donner de l’amour.

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